Fédération des Aveugles et Amblyopes
 de France
Gard-Lozère

Compte-rendu d'activités

Culture : Spectacle : danse au Théâtre de Nîmes

Le 12 Février 2016
Rédigé par : Marie MELOU

Convier des personnes déficientes visuelles à un spectacle de danse ? Quelle drôle d'idée ! Pourtant c'est un défi qui a été relevé avec succès, par deux fois cette saison, au théâtre de Nîmes.
Pour ma part, j'ai pu assister et apprécier ces deux représentations, grâce à l'adaptation avec audio-description.
Le premier, danse hip-hop, le 16 octobre 2015 : Les Silences Obligés de Nabil Hemaïzia avec Nacim Battou. Et le 2ème, danse contemporaine, le 12 février 2016 intitulé "D’après une histoire vraie" de Christian Rizzo, avec huit interprètes et deux batteurs.
Les deux spectacles étaient de genre différent. Avec chacun une démarche particulière vers l'accessibilité.
Pour "Les silences obligés", l'audio-description, réalisée par Accès Culture, était surtout axé sur l'histoire mise en scène par le danseur. J'ai pu participer aux ateliers danse, proposés par le chorégraphe et le danseur eux mêmes, dans le cadre de mon séjour à l'institut ARAMAV. Puis lors de la visite du plateau, nous avons eu la chance de pouvoir assister, en restant sur la scène, à un extrait du spectacle. Connaître les éléments du décor, avoir pu échanger et partager de beaux moments avec les deux danseurs, font aborder le spectacle avec plus d'attention. Le narrateur qui nous audio-décrit n'a plus qu'à nous emporter dans l'histoire… Il reste à imaginer le danseur sur la scène… Pour ce spectacle, les deux aspects, rencontre avec les danseurs et audio-description se sont complétés.
Pour le 2nd spectacle : "D'après une histoire vraie", la démarche a été différente.
Un atelier danse nous a été proposé au théâtre, non pas par le chorégraphe ou les danseurs, mais par la personne chargée de l'audio-description. Valérie Castan, danseuse de formation, nous a raconté dans les grandes lignes la genèse du spectacle, puis nous a expliqué sa démarche de description en nous faisant expérimenter certaines postures, mouvements, solitaires et d'ensembles. Cet atelier a été complété par une visite et description des éléments du décor sur le plateau.
Sont-ils absolument nécessaire à la compréhension de ce qui se joue ensuite sur la scène ? Chacun apprécie et réagit selon sa sensibilité. Toujours est il que, au creux de nos oreilles, la voix de Valérie, nous a emporté du début à la fin de la représentation, avec un ton, quasi intimiste, comme si elle racontait une histoire, mais en restant toujours au plus près des 8 danseurs : leur entrée sur scène, description de chacun, leur positionnement sur la scène, les uns par rapport aux autres, leur évolution, mouvements, seuls, en couples ou trio, ou danses d'ensembles. Chaque pas, chaque posture, chaque ondulation, est exprimé… Le choix des mots et leur rythme était particulièrement évocateur.
Nous étions, avec la voix, la musique, batterie, pris dans le rythme, et les images pouvaient naître dans l'imaginaire, les émotions pouvaient se ressentir… Ainsi j'ai eu la sensation d'avoir plus de liberté pour imaginer une histoire, comme la construction d'une communauté humaine, avec tout ce que cela comporte comme attirances, rejets, ou solidarité, complicités, et tensions… J'ai pu m'approprier mon propre spectacle…
Alors que la description des Silences obligés, nous laissait davantage en réels spectateurs d'une histoire qui nous était contée.
Chaque proposition était originale, et nous a permis de vivre des moments riches en émotions.